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Connexion hors connexion

Article par Justin Roy
Illustration par Mathilde Corbeil

J’explore mes options dans une
ville de 8 millions d’habitants.
C’est raisonnable, non ?

- Greg BERLANTI et Sera GAMBLE, You (2018)


Ce bois d’allumage qui éteint le désir


Dater en ligne contient son lot de hauts et de bas, de victoires temporaires et d’échecs cuisants, désormais bien connus des internautes. Entre les fantômes qui ghostent, les dick pics non sollicitées qui brûlent la rétine, les faux profils qui foutent une franche frousse et les textos emballés qui se soldent par des conversations décevantes autour d’un verre trop cher, il y a tout un monde d’histoires à récolter et à consteller.

En cherchant l’autre comme on cherche à gagner trois cerises aux machines à sous, on finit souvent par perdre au change. Cha ching!

Dans ce bassin sans fond, le général a maintenant remplacé le singulier. Uniformisées par le glissement du pouce, marketing-isées par la création d’un profil « vendeur », géolocalisées au pied près, aigries par les mirages et les petites violences, les rencontres intimes humaines semblent perdre de la matière à mesure qu’elles se multiplient dans le numérique.

Wait a minute. C’est vrai, c’est vrai, plusieurs personnes peuvent se vanter d’avoir trouvé da one quelque part entre les craques d’un Tinder ou d’un Grindr: une luciole éclatante dans la nuit profonde des apps. Victoire, victoire.

Et de l’autre côté, on entend parfois une connaissance s’exclamer fièrement: mon crush et moi, on s’est rencontrés dans LA VRAIE VIE. Qu’avons-nous fait pour que cette « vraie vie », cette expression qui englobe tout un lot de hasards, d’authenticités, de spontanéités et d’audaces, devienne une relique envieuse appartenant au passé?

Pourquoi la vraie vie nous a-t-elle glissé entre les doigts?


Le grand magasin amoureux


Comme l’apporte Richard Mèmeteau dans son essai Sex Friends: comment (bien) rater sa vie amoureuse à l’ère numérique (2019), « en devenant le médiateur de la rencontre, l’interface [des apps] la ralentit aussi considérablement, au point de la paralyser. » L'essayiste renchérit en soulignant que l’interface oblige à « examiner, classer, sélectionner, établir des critères de sélection… La situation est simple : nous avons tout pour multiplier les rencontres, nous n’arrivons pas à les utiliser et nous nous en plaignons. »

Que faire avec un objet qu’on ne peut utiliser? Eh bien, on le jette, ça va de soi! Consommation vide, énergie dilapidée inutilement, il semble que les applications de rencontre nous prennent beaucoup plus qu’elles ne nous donnent.

But but but. Avons-nous vraiment plus de chance de trouver l’amour avec les apps? Est-ce que plus de choix équivaut à plus de chance? Pas nécessairement.

Renata Salecl, philosophe et sociologue slovène, s’intéresse à notre obsession malsaine avec « la tyrannie du choix ». Elle affirme que ces applications de rencontre généralisent un « donjuanisme narcissique ». Pour elle, on cherche sur les applications de rencontre quelqu'un à séduire, simplement pour nous débarrasser de lui [ou d’elle] quand nous trouvons un substitut de valeur égale ou supérieure. Une fois l’autre séduit.e, on garde nos distances; incapable d’envisager qu’elle ou il ait ses désirs ou fantasmes propres. Me, myself, pis moi!

Pour paraphraser Salecl, on consomme les rencontres comme une panoplie d’objets, qui, une fois usés, désuets ou simplement trop énergivores ou inintéressants à notre goût, sont rapidement remplacés par d’autres. Mèmeteau, qu’on a croisé plus haut, va même jusqu’à parler d’un « capitalisme émotionnel ».

Ce n’est peut-être pas aussi unilatéral et manichéen, c’est vrai! Plusieurs personnes font preuve de beaucoup de respect sur les applications et tentent « honnêtement » d’avoir une connexion authentique et soutenue. Des anges, en sommes! Ces chérubine.s rares existent… mais elles et ils sont épuisé.e.s! Very, very tired.

Pourquoi ne pas tenter de faire les choses autrement? Au plus près de nous, de qui nous sommes et de ce que nous cherchons? Pourquoi ne pas challenger notre rapport aux autres, et donc, à nous-même en retrouvant cette « vraie vie »?


Rencontrer dans la lenteur


Et si (attachez votre tuque, ça va détonner) et si, pour faire exception à l’ère du temps, on tentait de revenir en arrière juste un peu ? Ben non, pas au temps des calèches, des lettres cachetées à la cire et des mariages forcés germant dans des salons de thé. Pas si loin! Pas si loin!

Et si, au lieu de s’étourdir et de s’épivarder dans le numérique, on tentait de se rendre disponible ici, maintenant, lentement, sûrement, pour l’autre?

Et si on s’inspirait du slow living, ce mode de vie qui encourage une approche plus lente des aspects du quotidien, impliquant l'accomplissement de tâches à un rythme tranquille, en réponse au consumérisme et au capitalisme.

Et si on faisait du slow dating une légion dans le monde des rencontres humaines?

À l’opposé du speed dating, on est ici dans une logique de disponibilité et de profondeur, plus que dans une machine effrénée encourageant la multiplication des rencontres en surface et la mécanique sportive de la performance.

Le slow dating, un peu comme un fruit qu’on savoure en pleine conscience, chaque pulpe, chaque fibre, chaque saveur, apportée jusqu’à nos sens, est un appel à avoir du plaisir simple dans la présence pure.

Supprimons une bonne fois pour toutes les apps de nos rectangles de lumière et partons à la rencontre de l’autre. La vraie rencontre. Celle qui nous oblige à prendre notre courage à deux mains, à nous offrir et à nous ouvrir, à réfléchir et à tendre l’oreille, à hésiter, à fuir le regard pour mieux le retrouver, à échanger et à apprendre.

Ensemble, apprenons à faire de la lenteur et de la présence le liant de notre connexion profonde à l’autre.




CITÉS DANS CET ARTICLE

Greg BERLANTI et Sera GAMBLE, You (2018)
Richard MÈMETEAU, Sex Friends: comment (bien) rater sa vie amoureuse à l’ère numérique (2019)
Renata SALECL, La Tyrannie du choix (2011)

Justin Roy (il/lui)

Son amour du langage le fait parfois sourire béatement devant le mot « cucurbitacée », qui épouse parfaitement les rondeurs colorées et les courbes coquines de la courge qu’il désigne. Cette étrange adéquation entre les signes et les choses lui ont fait dédier une partie de sa vie à l’étude de la littérature et à l’écriture de la poésie. La langue, un peu comme un corps, lui apparaît pleine de revers mystérieux et de zones érogènes vieillissant avec nous. Il est concepteur-rédacteur pour une petite agence de Montréal et n’a pas peur de saboter une bio en la terminant avec un anglicisme scabreux. Hell no!

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